Archives mensuelles : janvier 2015

« En 2015, ne nous traitez plus comme des bouseux ! » L’appel des 51 députés de la ruralité

Pierre Morel-A-L’Huissier, député UMP de Lozère, a publié avec cinquante parlementaires de l’opposition un « appel aux élites de notre pays qui méprisent trop souvent la ruralité », intitulé en forme de vœu pour la nouvelle année : « En 2015, ne nous traitez plus comme des bouseux ! »

NDLR: Pierre Morel A L’Huissier est président de la toute nouvelle Association des maires ruraux de son département, mais il ne s’exprime pas en tant que tel dans cet appel.

Extraits :

Dans la France de 2014, un exploitant agricole se suicide tous les deux jours, et le taux de suicide des paysans de 45 à 64 ans est supérieur de 40 % à la moyenne: qui s’en soucie, qui en parle? Dans la France de 2014, 80 % du territoire se vide à grande vitesse de sa population. D’un côté l’on s’entasse dans les grandes villes et sur les côtes. Mais de l’autre les écoles ferment, puis les petits commerces, puis les services publics, et enfin le bourg lui-même: qui s’en soucie, qui en parle? Dans la France de 2014, plus de 5 millions de Français vivent en «zone isolée», expression statistique pudique pour dire qu’ils n’ont accès à rien des services publics que pourtant leurs impôts payent: qui s’en soucie, qui en parle?

Face à cette fracture territoriale profonde qui met à l’écart près de 1 Français sur 7, il ne faut pas se laisser prendre au piège du faux amour de la ruralité qui se développe ces dernières années. Pour l’exprimer abruptement, il y a la campagne des urbains et il y a la campagne des ruraux.

(…)

Ni indifférence ni misérabilisme: au même titre que les urbains et les rurbains, la campagne des ruraux a simplement besoin qu’on l’écoute et qu’on s’occupe d’elle. Elle veut des transports en densité suffisante et qui fonctionnent. Elle veut la proximité raisonnable d’un médecin et des services de santé. Elle veut le maintien de services publics auxquels ces plus de 5 millions de Français ont droit comme tout un chacun. Elle veut l’accès à Internet.

Elle veut surtout, et qu’on pardonne cette brutale franchise, que l’on cesse de traiter la campagne des ruraux comme des «bouseux» irrécupérables dans la marche du progrès économique et social. C’est nous, et personne d’autre, qui perpétuons la tradition paysanne plusieurs fois millénaire de la France. Nous avons donc droit non seulement à l’équité de traitement par les politiques publiques, mais aussi et surtout, nous avons droit au respect.